jeudi 28 mars 2013

Méliscènes 2013, Centre Athéna, AURAY







Un canard à pattes de zèbre et postérieur de citron. Une femme au corps en pelote de laine et tête de chat. Un singe au torse en panier d’osier à pattes en roue de vélo. Ces drôles de créatures débarquent chaque printemps, sur les affiches du Festival Méliscènes, à Auray.

Dédié aux formes croisées, marionnettes et théâtre d’objets, un festival créatif et parfois même insolent, qui creuse son identité visuelle depuis 2005 aux côtés de Vincent Menu, graphiste de l’agence Le Jardin Graphique. Un principe repris, décliné, réinventé, celui du « cadavre exquis », collage de photos n’ayant – a priori – rien à faire les unes avec les autres. Comme ces boîtes de jeux pour enfants où l’on fabrique un personnage en piochant une tête, un tronc et des jambes. Chaque année, les affiches nous réjouissent donc de ces drôles de bestioles de plus en plus délirantes et de moins en moins bestioles. Et là, badaboum : à la place de la photo couleur, du dessin. De la gravure, du noir et blanc, un p’tit air rétro. Du collage surréaliste. Du vrai collage. La patte d’une artiste. Une nouvelle tête ? On regarde à la fin de la plaquette, on cherche le nom, on le trouve. Mélanie Busnel. Ah mais oui. On l’avait vue chez Madame Blabla, à Lorient. Elle vit à Auray depuis peu, après trois ans à Saint-Luc la mythique, école d’art à Bruxelles, où elle a autant appris à chiner qu’à dessiner. « J’allais tous les jours place du Jeu de Balle. Je faisais les poubelles des brocantes, je récupérais les vieux papiers, les bouquins. Arrivée avec un sac à dos, je suis repartie en camion ! Pour transporter tout ce que j’avais chiné. C’est un truc de famille. J’ai toujours chiné. Avec ma mère, avec ma grand-mère, qui tenait une boutique de meubles peints à Saint-Malo. » Le truc de Mélanie, c’est le début du siècle dernier : « c’est une période que j’ai beaucoup étudiée, un siècle hallucinant de nouveautés, de matières. Je collectionne les encyclopédies, les dicos illustrés, les Echos de la Mode, les Marie-France, les catalogues de Manufrance, les inventaires du Printemps, du Bon Marché, où l’on trouve des collections de chapeaux, de parapluies, de chaises… ». Dans ces papiers jaunis, elle découpe au scalpel, puis scanne des images, qu’elle classe dans des boîtes. « Ce que j’aime vraiment, c’est les gravures du passé, c’est d’une finesse… On n’est plus habitué à la gravure… Tu peux zoomer dessus et là tu es perdu, tu ne sais plus ce que c’est ! Il y a des jeux d’échelles impressionnants… Une algue peut se transformer tout d’un coup en forêt, ça crée des formes bizarres… ». Travaillés sur ordinateur ou assemblés à la main, les collages de Mélanie ont pour particularité de raconter des histoires poétiques : « je fonctionne beaucoup sur l’association d’idées, la métaphore », mais aussi de s’associer de manière diabolique, avec beaucoup de finesse, comme s’il était naturel de voir une fraise avec des pattes de flamand rose et un bec de théière… « Je faisais plein de trucs manuellement à l’école, des affiches, des lettrages… On me disait qu’une affiche, ça se faisait sous Photoshop, mais j’aime faire les choses à la main, à l’ancienne… ».

Isabelle Nivet ( SORTIES DE SECOURS )